Karima l’insoumise, sans haine ni reproches

photo_1579938.jpg

“Je peux pardonner, mais oublier, ça non, c’est impossible…”. Karima, 32 ans, caresse son petit coeur en pendentif. Pas de pathos dans le ton, des lèvres maquillées, un regard franc et déterminé. Une “Insoumises et dévoilée”, comme le titre de son livre à paraître aux éditions Azimut? C’est évident. Loin, très loin, de l’image de la pauvre victime se lamentant sur son sort.

Enfance volée, mariage forcé, séquestrations, violences familiales… Karima a pourtant traversé l’impensable. Et ce livre, c’est sa “thérapie”; l’occasion pour elle de “raconter sa vie, pas la leur”.

“A 13 ans, j’écrivais déjà. Une page, puis plusieurs. Et je déchirais. Par peur qu’on tombe dessus quand mes parents fouillaient ma chambre.” Son manuscrit, elle l’a soumis à vingt maisons d’édition. En Belgique, en France et en Suisse. Frédéric Allard, petit éditeur indépendant, décide de la soutenir: “La force de son récit, sa détermination, son dynamisme et son bon sens m’ont tout de suite séduit.”

Le livre n’est pas sorti, mais en un week-end, plus de 200 internautes réagissent sur son blog. Des messages positifs, mais aussi des menaces et des insultes: “Ce que tu cherches, c’est de tuer ta mère et de te faire tuer” (…) “Psychopathe, voleuse, prostituée” (…) “Sale tête, toxicomane”. Karima s’apprête à briser un tabou: rendre public son histoire privée.

A Verviers, où elle réside, “le “téléphone arabe” a fonctionné en plein”. La semaine dernière, elle reçoit des menaces de mort par téléphone où son interlocuteur lui dit “Tu as oublié ce qui est arrivé à Sadia?” (cette jeune pakistanaise assassinée par son frère à Lodelinsart, NDLR). Elle prend peur. Prévient la police, le bourgmestre, et lassée de voir que ça ne bouge pas assez vite, la presse.

Dans la foulée, la police judiciaire fédérale ouvre une enquête. La Computer Crime Unite saisit les réactions sur le blog et trace les adresses IP. Petit à petit, un réseau de soutien s’organise. Des imams, le collectif des femmes battues, Ni putes ni soumises… Karima n’est plus seule. Son livre, dont la sortie officielle est prévue le 15 mars prochain, à Verviers, ne restera pas lettre morte: “Je veux qu’on sache pour que ça n’arrive plus”, nous dit-elle, depuis son petit appartement verviétois. Ce vendredi, lors du prêche, au centre islamique de Verviers, la plus grosse mosquée de Wallonie, l’imam a dénoncé “des pratiques néfastes telles que les mariages forcés ou l’imposition du hijab”, ainsi que “toute menace contre notre soeur, son éditeur ou encore sa famille”. Karima “n’a pas peur”, mais elle s’apprête à déménager hors de Verviers et à changer ses enfants d’école. Et son compagnon veille à ses côtés, humble et aimant: “Je la laisse faire comme elle l’a toujours fait: libre et déterminée. Mais je suis inquiet. Surtout pour nos quatre enfants.”

Karima, l’insoumise, sixième enfant d’une famille de dix: trois filles, sept garçons. Un père originaire de Nador (Maroc), ouvrier des mines, exilé en 1968. Une mère illettrée. Petite enfance à Anvers, puis déménagement à Verviers. Sa famille? “A cheval sur les coutumes”. Musulmane pratiquante, sans plus.

Mais Karima n’est pas docile et obéissante, comme le voudraient les siens. Dès huit ans, son père lui impose le port du foulard. “Il craignait le qu’en-dira-t-on à la mosquée. Mais je l’enlevais avant d’entrer à l’école”. Elle entre en résistance. Refuse d’“être la bonne à tout faire”. Coups de ceinture, faux certificat médical pour l’obliger à séjourner à la maison, pressions, insultes… “Je n’étais pas dans le moule: aider les parents, nettoyer, servir les frères. Je voulais vivre.”

L’école, les services d’Aide à la jeunesse, la police… Les signaux sont au rouge, mais Karima poursuit seule son calvaire. Jusqu’au placement en maison d’accueil, pour un mois, à Namur. Jusqu’au retour parmi les siens et un voyage arrangé au Maroc.

“Devant notaire, mon père a contracté un mariage “par procuration verbale” avec un cousin.” Karima refuse cet amour. Les coups et les menaces reprennent. Elle fuit, obtient une place dans un refuge, avant d’annuler ce mariage, et d’obtenir le divorce. Une épreuve longue et douloureuse…

Quatre enfants, des petits boulots, son livre… Karima veut maintenant se reconstruire. Sans haine ni reproches.

Musulmane fidèle, mais désormais “insoumise et dévoilée”.

Hughes Dorzée, Le Soir, 8 mars 2008

~ par Le dormeur le 9 mars 2008.

Une réponse to “Karima l’insoumise, sans haine ni reproches”

  1. Perso, ca me laisse toujours avec un petit arrière gout acide dans la bouche lorsqu’on parle de la religion de tolérance et de paix ! On l’a vu lors de l’affaire des caricatures, récemment lorsde l’affaire Sadia et ici – L’islam est intolérant et violent – qu’on se le dise ! marre du politiquement correct

Laisser un commentaire