Pas de direct pour les Chinois

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Le « faut direct » est pratique courante en Chine. Vu les événements au Tibet, le décalage pourrait être allongé.

Pour les Chinois, il ne s’est rien passé d’extraordinaire il y a huit jours à Olympie lors de la cérémonie d’allumage de la flamme olympique. Le discours de Liu Qi, le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Pékin mais aussi l’un des membres de l’institution dirigeante du pays, le bureau politique du Parti communiste, a récité son discours de manière tout à fait honorable, tandis que la nageuse médaillée d’or à Athènes Luo Xuejuan était dévoilée comme la première porteuse chinoise de la torche. La banderole déployée au milieu du discours par le journaliste de Reporters sans frontières n’est pas apparue sur les écrans nationaux, alors que la télévision nationale retransmettait pourtant l’événement en direct.

« C’est normal, la télévision nationale avait prévu ce genre de dérapage, explique un étranger qui vit depuis quelques années en Chine. Elle dit avoir diffusé l’événement en direct mais en fait, la diffusion avait lieu avec une douzaine de secondes de retard sur l’événement réel. Douze secondes, c’est le temps nécessaire pour pouvoir se rendre compte que quelque chose n’est pas normal et pour que les responsables de la régie télévisée changent les images arrivées via satellites par d’autres images. »

Concrètement, les téléspectateurs chinois ont vu leur direct interrompu pendant quelques secondes par des images d’archives. Ces douze secondes ont donc été suffisantes pour que l’opération semble naturelle et planifiée.

Ce lundi, la transmission sur la place Tian An Men de la flamme olympique par le président Hu Jintao à Liu Xiang, sportif célébrissime chinois, a bien été diffusée par la télévision nationale avec un décalage, en dépit d’un bandeau indiquant « direct ». L’entraînement en la matière des régisseurs de la CCTV, la télévision publique chinoise, s’avère en effet solide.

La dernière Coupe du monde de football était ainsi retransmise en décalé d’une bonne trentaine de secondes. Deux ans plus tôt, lors de la Coupe d’Asie des Nations, ces mesures avaient provoqué un mini-drame diplomatique. « Les écrans du stade diffusaient les images de CCTV, avec un décalage d’une trentaine de secondes avec la réalité, explique John, un jeune Anglais présent dans le stade lors de la cérémonie d’ouverture. En plein discours du président de la confédération asiatique Mohamed bin Hammam, l’ensemble des spectateurs huèrent le secrétaire général adjoint de la fédération chinoise, embringué dans plusieurs affaires de corruption, qui était apparu sur les écrans. Mohamed bin Hammam prit les sifflets pour lui. Furieux, il quitta immédiatement le stade et s’envola dans la foulée pour sa résidence qatarie. »

De drame diplomatique, il risque bien d’être question dans les prochains mois. Si les autorités chinoises ont pour habitude de diffuser leurs images en faux direct, elles comptent maintenir cette tradition pendant les Jeux olympiques. Pékin craint en effet l’apparition à tous les coins de rue et de stade de militants pro-Tibet libre, pro-Taiwan indépendant ou pro-Falungong (une secte religieuse réprimée en 2001 et très populaire aux Etats-Unis).

Si les télévisions étrangères ne devraient pas être concernées par le « faux direct » décalé, les autorités viennent d’interdire tout direct sur la place Tian An Men, symbole de la dictature chinoise après la répression sanglante des manifestations ouvrières et étudiantes de juin 1989. Elles ne veulent pas encourager les dérapages organisés par des télévisions étrangères avec des groupements militants.

Tristan de Bourbon

Le Soir, le 1er avril 2008

~ par Le dormeur le 1 avril 2008.

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