Le dissident chinois Hu Jia envoyé en prison

La Chine a condamné jeudi Hu Jia à trois ans et demi de prison, deuxième sanction sévère à l’encontre d’un dissident à quatre mois des Jeux olympiques, qui a provoqué l’irritation d’une partie de la communauté internationale.
Hu Jia, l’une des voix les plus critiques du régime communiste, était accusé de tentative de subversion du pouvoir de l’Etat. « Il a été reconnu coupable », a déclaré l’un de ses avocats, Li Fangping.
L’agence officielle Chine Nouvelle a annoncé le verdict en parlant du « crime » commis par le dissident qui a aussi été privé de ses droits politiques pendant un an.
« C’est injuste. Leur preuve, c’est qu’il a publié sur l’internet cinq articles qu’il avait écrits et donné deux interviews avec la presse étrangère, ce n’est pas juste », a déclaré sa femme Zeng Jinyan, en pleurs, à sa sortie du tribunal. Agé de 34 ans, Hu Jia avait été jugé le 18 mars en quelques heures par la première cour intermédiaire de Pékin.
Il s’agit de la deuxième condamnation à la prison d’un opposant chinois en dix jours, après celle de Yang Chunlin, qui avait fait diffuser une lettre ouverte sous le slogan « Nous voulons les droits de l’Homme, pas des Jeux olympiques ». Me Li Fangping a indiqué ne pas savoir si son client ferait appel.
Arrêté en décembre alors qu’il était en résidence surveillée, le militant avait dénoncé le non-respect par Pékin de ses engagements en faveur des droits de l’homme, pris pour obtenir l’organisation des JO. Dans un écrit en septembre avec son ami Teng Biao, professeur de droit, il avait averti les étrangers qui se rendraient à Pékin pour les Jeux (8-24 août) : « Vous ne savez peut-être pas que cet enthousiasme, ces sourires, cette harmonie et cette prospérité sont fondés sur l’injustice, les larmes, l’emprisonnement, la torture et le sang ». « Nous prions pour que les JO se déroulent dans une Chine libre », concluaient-ils.
Jeudi, son épouse a réaffirmé que Hu Jia avait « toujours soutenu les Jeux olympiques ». « Je suis très fière de ce que mon fils a fait. Toute cette affaire est une question de liberté d’expression », a indiqué sa mère.
Européens et Américains étaient intervenus auprès des autorités chinoises. A l’annonce du verdict, l’Union européenne a de nouveau réclamé sa libération. « Nous avons dit très clairement avant le procès qu’il n’aurait jamais dû être arrêté et qu’il devrait être libéré. Ceci reste notre position », a indiqué un porte-parole de la délégation de la Commission européenne à Pékin.
« Nous sommes consternés par cette condamnation », a déclaré à la porte-parole de l’ambassade américaine à Pékin, au moment où le secrétaire au Trésor Henry Paulson se trouvait dans la capitale chinoise. « En cette année olympique, nous appelons la Chine à (…) prendre des mesures afin d’améliorer la situation des droits de l’Homme et de la liberté religieuse », a dit Susan Stevenson.
Pour Amnesty international, le verdict constitue « un avertissement pour les autres activistes ». « Cela bafoue les engagements de la Chine d’améliorer les droits de l’homme avant les jeux Olympiques », a commenté Mark Allison, chercheur de l’organisation pour l’Asie de l’Est.
Reporters sans frontières a dénoncé une « provocation » et une « justice aux ordres des autorités » à quelques mois des JO. « La Chine est un pays de lois. Chacun est égal devant la loi, il ne nous est pas possible d’arrêter l’application de la loi en raison des Jeux olympiques », a rétorqué une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Le jour du procès, le Premier ministre Wen Jiabao avait assuré que la Chine n’intensifiait pas la répression avant les JO.
(D’après AFP)
Le Soir, le 3 avril 2008

News feed
Laisser un commentaire